dimanche 26 mars 2017

Vox populiste

Ce n'est un secret pour personne, le Front National de Marine Le Pen est populiste, avec tout le mépris que cette phrase suscite dans l’imaginaire politique. Ce que l'on ignorait peut-être davantage, c'est qu'Emanuel Macron s'en revendique fièrement, tout en refusant d'être qualifié de démagogue. Comme je trouve étonnant qu'un candidat politique se revendique d'un terme péjoratif, il me semble qu'un point sur le sens de ce terme est aujourd'hui nécessaire.



Le populisme c'est cool

D'après notre rousse nationale, le populisme est à l'origine un mouvement socialiste russe opposé au tsarisme, le narodnitchestvo (littéralement populisme). L'encyclopédie Universalis nous précise que l'un des premiers événements de ce mouvement est " la « croisade vers le peuple » (1874) : les jeunes intellectuels tentent d'investir et d'éduquer la paysannerie qui détient, selon eux, dans ses formes d'organisation économique et sociale, la solution des problèmes de la nation russe. " une intention que l'on pourrait rapprocher des volontés de nos philosophes des Lumières dont l'encyclopédie visait à propager la connaissance dans les strates de la société.

Au final, le populisme désigne les "mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes" et l'intention semble bien noble. Le Front National, dans son combat contre le système, a toutes les raisons d'être désigné comme populiste au même titre que le renouveau que dit incarner En Marche. 

Lorsque la volonté d'un mouvement politique est de favoriser le peuple face à une élite dirigeant la société et cherchant à orienter la pensée du peuple, il est difficile de le lui reprocher. Surtout dans une France de 2017 où la meute des éditocrates, entre autre, s'échine à décrédibiliser les mouvements sociaux et, à tout hasard, à refuser l'exposition médiatique de petits candidats aux élections présidentielles.

La confusion délibérée

Quand Christian Estrosi accuse Marine Le Pen de "faire du populisme sur la Promenade des Anglais" il me semble que ce dont il l'accuse est de "flatter [...] les passions des masses populaires [...] pour accroître sa popularité", ce n'est donc pas de populisme qu'il s'agit mais de démagogie

Plus loin encore, à voir l'utilisation péjorative de la volonté de libérer le peuple de la domination des élites, on finit par se demander s'il ne serait pas plus judicieux de suivre les courants de pensée populistes plutôt que ceux qui s'y opposent.

La confusion de Jean-Marc Ayrault entre populisme et isolationnisme lors de son déplacement à Sydney ou l'emploi du terme jusqu'à parler des "plus sombres heures populistes de notre Histoire" achève même de convaincre que ce rejet du populisme a le goût d'un rejet de l'expression populaire et de la démocratie.

Au point de légitimer la démagogie

Lorsque Marine Le Pen propose la préférence nationale pour favoriser l'emploi français (sophisme de cause unique ignorant les autres causes du chômage des Français), il s'agit de démagogie, lorsqu'elle propose de revoir les relations de la France avec les institutions supranationales de l'Europe, il s'agit de populisme (ramener une part de souveraineté qui a échappé aux Français dans des institutions pas toujours démocratiques)

À force de confondre ces notions, le risque est d'entretenir la même confusion dans l'esprit des citoyens. Si le populisme est malsain, alors toutes les idées associées sont malsaines, et plus aucun parti politique de la présidentielle n'est pertinent. 

Si finalement le populisme est la liberté du peuple face aux élites, alors les partis qui sont qualifiés par ce terme ont sûrement les solutions aux problèmes engendrés par l'élite actuelle, sans quoi cette dernière ne chercherait pas à les rabaisser sur une confusion des termes illustrant leur manque d'arguments. 



Conclusion

Entretenir la confusion entre démagogie, isolationnisme, nationalisme, populisme et autres (parfois saupoudré d'un appel au nazisme) est sans doutes le meilleur moyen aujourd'hui de légitimer les thèses racistes de certains partis politiques alors qu'ils pourraient être définis par ce qu'ils sont vraiment : sophistes et démagogiques.


dimanche 19 mars 2017

Distinguer l'État de l'urgence

Au lendemain de l'attaque du Bataclan, le 13 novembre 2015, l'état d'urgence est décrété en France. Celui-ci permet directement au ministre de l'Intérieur de prononcer l'assignation à résidence et la perquisition des domiciles d'individus, dans le cas où "il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre publics". À situation exceptionnelle post-attentat, mesure exceptionnelle...ment longue.

Décréter l'état d'urgence était-il judicieux et efficace ? et surtout, est-il toujours pertinent de maintenir cet état en 2017 ?


Les effets directs 

L'efficacité de l'état d'urgence après les attentats est indéniable. La synthèse de la commission de contrôle parlementaire indique que 3594 perquisitions ont été effectuées et ont permis de découvrir 757 armes à feu, entre le 14 novembre 2015 et le 25 mai 2016. 

Le problème apparaît dès la deuxième période de 6 mois de l'état d'urgence. 500 perquisitions qui ne mènent plus qu'à 4 découvertes d'armes. Si l'on observe les autres mesures prises dans ces périodes, 4 puis 13 lieux de réunion sont fermés sur le territoire français, soit assez peu de choses pour endiguer la radicalisation islamique des quelque 647 personnes assignées à résidence disséminées dans 23 villes françaises.

Après 1 an d'exception, Amnesty International constatait pour sa part que la grande majorité des procédures provoquées par l'état d'urgence avaient été peu fructueuses, au prix élevé du non-respect des droits et libertés les plus fondamentales. 

Au final, dans la première année de l'état d'urgence, le succès des opérations pendant les 6 premiers mois d'urgence s'estompe très vite comme le témoigne la diminution du nombre de procédures. Ce succès est d'autant plus critiquable lorsqu'il est associé à la mise en danger des principes de liberté et de séparation des pouvoirs revendiqués en France, provoquer des perquisitions et des restrictions des libertés individuelles étant un pouvoir judiciaire mis dans les mains de l'exécutif.

Un état d'abus

Si l'état d'urgence a perdu de son efficacité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme après les 6 premiers mois d'action, il a ensuite permis à de nombreux abus d'avoir lieu. Les mesures préventives sur des militants écologistes pendant la COP21 n'étaient en rien liées au besoin de lutter contre le terrorisme. Ces abus ont pourtant permis à une répression politique assumée d'avoir lieu.

Même son de cloche lors des manifestations contre la loi travail. Sous prétexte de lutter contre les violences dans les défilés, l'exécutif a tenté d'interdire certaines manifestations. Or ces violences en marge des protestations citoyennes ne sont pas nouvelles et n'étaient certainement pas les plus préoccupantes, comparées aux batailles rangées engendrées par l'Euro de football au même moment.

Enfin, les assignations à résidence ont finalement un effet plus négatif qu'autre chose. Le témoignage de M. Ifren illustre le danger de cette mesure. Alors que de nombreux sociologues supposent que la radicalisation vient de l'exclusion et de la stigmatisation, faire perdre son emploi et isoler socialement un individu, c'est prendre le risque de faciliter et d'amplifier la radicalisation des individus concernés par l'assignation à résidence.


Revenons aux sources

Face aux abus engendrés par l'état d'urgence, et son aveu de faiblesse après les 6 premiers mois de perquisitions, il est difficile aujourd'hui de considérer légitime le maintient de cet État d'exception. 

Plus encore, de nombreuses dispositions contraires aux droits fondamentaux ont été prises depuis la mise en place de l'état d'urgence, principalement la loi renseignement, légalisant la mise sur écoute des Français, et le renforcement des pouvoirs de police, intégrant dans la loi certaines dispositions de l'état d'urgence dont les perquisitions nocturnes.

Enfin, le plus grand risque de l'exception est qu'on oublie sa raison d'être, risque atteint cette semaine par le Président de la République, pour qui "L'explosion d'un courrier piégé au siège parisien du Fonds monétaire international et la fusillade à Grasse, jeudi, [...] conduit à justifier l'état d'urgence". Pourtant, ces affaires n'ont aucun lien avéré avec le terrorisme qui a initié l'état d'urgence et n'auraient en aucun cas pus être anticipées.


Il est sans doutes temps de revenir sur ces pratiques dangereuses, instaurées par l'émotion, et de revenir sur les bases saines d'une démocratie respectant les droits et libertés des individus. Ensuite sera-t-il temps de s'interroger calmement sur les lois nécessaires à la protection des Français.

dimanche 12 mars 2017

La démoc rassit

Notre cinquième république dont nous sommes si fiers serait-elle en bout de course ? La question est de plus en plus présente, au point que certains candidats à la présidentielle proposent de passer à une sixième république qui changerait en profondeur notre constitution. L'abstentionnisme des citoyens, dégoûtés par la politique française, illustre le danger que nous encourons alors notre république ne tient simplement pas compte de cette apathie.


Les maux de la République

Plusieurs causes de ce désintéressement peuvent être envisagées. Le fameux slogan du "tous pourris" illustre le principal facteur de déception envers les politiciens français. La liste des politiciens condamnés en justice est interminable. Voir les mêmes personnages poursuivre aujourd'hui leur carrière, parfois remis en selle par d'autres politiciens, laisse systématiquement dans la tête des citoyens cette même sensation qu'un responsable politique n'est pas digne de confiance. In fine, pourquoi s'embêter à voter, quand les candidats en profiteront quoi qu'il advienne pour se remplir les poches aux frais du contribuable ?

Lorsqu'en plus, les partis politiques deviennent plus importants que le devoir de représentation des députés, il devient difficile pour un citoyen de se sentir représenté, et donc légitime à voter pour celui qui agira davantage pour son parti politique que pour ceux qu'il représente. Les nombreuses menaces d'exclusion que reçoivent les député faisant passer leurs convictions avant leur parti, témoignent d'un autre comportement politique excluant les citoyens du débat démocratique législatif.

Enfin, les promesses de campagne bafouées, tant par la droite que la gauche, et les référendums ignorés, achèvent d'exaspérer les citoyens en confirmant que, même quand la question leur est posée, la réponse n'a que peu d'impact sur les décisions qui seront prises.

La non-démocratie française

Face à perte de vitesse et de confiance en la démocratie, la question est importante : quelles solutions pouvons-nous mettre en oeuvre pour renforcer notre démocratie ? 

La première réponse est peut-être dans la définition même de démocratie. Le "peuple souverain" implique que les décisions pour l'avenir de la nation soient prises par le peuple, l'assemblée des citoyens. Au titre de cette définition, il s'avère que la France n'est absolument pas démocratique. "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants"... dès lors que l'on suppose qu'en 5 ans, la situation du pays n'évolue pas assez, sans quoi les intérêts des Français ne seraient plus représentés. La crise des subprimes atteste d'ailleurs que le monde attend sagement la fin d'un mandat présidentiel français pour faire évoluer la situation de la France.

La vraie question n'est donc pas de renforcer la démocratie mais de faire exister la démocratie en France. Permettre au peuple d'intervenir dans les décisions politiques, lorsqu'il estime être mal représenté, est un bon début, et le référendum d'initiative populaire l'application d'un tel précepte. Alors que les manifestations contre la loi travail ou contre le mariage pour tous ont été accompagnées de violences, demander à l'ensemble des citoyens de trancher éviterai des mois de mobilisations et garantirait le respect du peuple souverain.

Quant à la faisabilité du référendum, les moyens technologiques aujourd'hui disponibles limitent le coût d'organisation d'un référendum. La fondation Jean Jaurès propose par ailleurs un rapport conséquent de possibilités démocratiques offertes par le numérique.


D'autres idées

Si le référendum d'initiative populaire permettrait déjà de limiter la capacité des responsables politiques à abuser de leur position et à briser leurs promesses, d'autres pistes existent. 

La non-reconnaissance du vote blanc incite à s'abstenir plutôt que d'aller voter pour être finalement ignoré. Ainsi l'opposition du citoyen à tous les choix proposés n'est pas distinguée de son indifférence. La Colombie respecte le vote blanc majoritaire en renouvelant le scrutin avec une liste neuve de candidats, incitant, au passage, à un renouvellement de la classe politique.

Sur la représentation des citoyens, les élections législatives, et le scrutin actuel par circonscription, aboutissent à un parlement non représentatif des électeurs comme le précise Le Monde. De la même manière, la prime majoritaire des élections régionales nuit à la représentativité des élus.

C'est ainsi un ensemble de questions sur le fonctionnement de la démocratie que nous devons nous poser pour éviter les sorties de route de notre système politique.

dimanche 5 mars 2017

Remercier le licenciement

Dans ses propositions pour l'élection présidentielle pour 2017, le Nouveau Parti Anticapitaliste propose d'interdire aux entreprises le licenciement. Faute d'informations plus détaillées sur la mise en place de cette proposition, nous supposerons ici que le NPA souhaite interdire toutes les formes de licenciement.


Lutter contre le licenciement abusif
De prime abord, interdire les licenciements semble pertinent quand on observe les conséquences psychologiques subies par le salarié licencié. La remise en cause de son parcours professionnel et de son niveau de vie personnel, ainsi que le jugement d'une société française pratiquant l'accusation du chômeur sont autant de sources de souffrances psychologiques.

Lorsque cette souffrance est causée par une cause illégitime, nous sommes en droit de chercher à l'éviter. Le licenciement boursier est sans doutes la plus terrible des causes abusives de licenciement économique aujourd'hui permises. Licencier alors que l'entreprise engrange des bénéfices et que les instances dirigeantes augmentent leur rémunération, dans le seul but de doper l'action boursière de la compagnie résume le rôle du salarié à celui de variable d'ajustement de l'entreprise quand il devrait en être le centre d'intérêt.


Interdire serait nuire
Si, au vu des pratiques précédentes et de leurs conséquences pour le licencié, il semble légitime d'interdire des licenciements, il ne faut pas ignorer pour autant les conditions légitimes menant à exclure un salarié de l'entreprise.

S'il s'agit de licencier un salarié pour faute, ce n'est pas causer son malheur mais se prémunir de désagréments qui représentent une menace pour l'entreprise. De la même manière, une entreprise avec de réels problèmes économiques doit pouvoir ajuster ses dépenses si elle souhaite relancer son activité et cet ajustement peut nécessiter le départ d'une partie de la force de travail.

De plus, la crainte de ne pas pouvoir se séparer d'un salarié pousserait les employeurs à embaucher en contrats à durée déterminée voire en intérimaire. Empêcher les licenciements en précarisant davantage les salariés serait au final contre-productif.

Enfin, interdire les licenciements serait encourager les patrons malintentionnés à employer des stratégies de harcèlement pour pousser le salarié à la démission, avec des conséquences sur la santé de l'employé qui peuvent être bien plus néfastes que le passage au statut de chômeur.


Finalement
Interdire le licenciement est une proposition légitime quand on constate la souffrance infligée au salarié qui perd son emploi. Cependant, cette interdiction stricte pose problème car elle risque de favoriser l’effondrement d'entreprises en difficulté et les mauvaises pratiques permettant de contourner le cadre des licenciements.

Pour lutter contre les pratiques injustes, renforcer la législation et le contrôle des motifs de licenciement, notamment l'interdiction des licenciements boursiers, serait sans doutes une meilleure idée à ressortir des cartons, malgré l'échec de son dernier passage devant le sénat.