dimanche 2 avril 2017

Le revenu, une liberté de base

Après avoir constaté dans un précédent article que "l'idée d'un emploi pour chacun en France n'est pas pensable avant que les répercussions de l'informatisation ne se produisent", la question que je me pose désormais est : comment envisager un avenir pour l'ensemble des Français si l'opportunité d'un travail pour chacun n'est plus envisageable, et surtout, comment un citoyen sans travail parviendra-t-il à survivre sans le revenu de son travail ?



La continuité des aides sociales

Aujourd'hui, la seule source alternative de revenu de l'individu qui n'a pas l'opportunité de travailler est l'ensemble des aides sociales : le revenu de solidarité active(RSA), les aides familiales dont l'aide au logement et, pour les anciens travailleurs, le chômage. Le principal défaut de ces sources de revenu est qu'elles sont toutes conditionnées, soit par utilité (l'aide au logement), soit par critère d'accessibilité (recherche active d'emploi pour le chômage et le RSA, et plus de 25 ans pour le RSA hors exceptions)

Dans une société où trouver un emploi n'est plus possible pour chacun, il me semble nécessaire de trouver d'autres sources de revenu. L'une des propositions, mise en lumière par le candidat à la présidentielle Benoit Hamon, est le revenu universel. Le concept de ce revenu, qu'il soit désigné comme étant universel, de base ou comme impôt négatif reste le même : affranchir le citoyen de la dépendance au travail et offrir à chacun la liberté de se déterminer sans surveillance de l'État (plus concrètement résumé par Le Monde ici)

Dans cette idée, chacun pourra alors se déterminer par rapport au travail. Celui qui voudra travailler pour un salaire décent sera davantage en position de force dans la négociation avec l'employeur, dès lors que le salaire négocié n'est pas la seule source de revenu de l'individu. 

L'individu qui souhaitera s'adonner à sa passion (à tout hasard, raisonner sur la politique et la société) pourra ainsi y consacrer l'entièreté de son temps sans avoir l'obligation de trouver un revenu de subsistance d'autre part.

Enfin, l'entrepreneur ou chercheur souhaitant développer son idée qu'il pense révolutionnaire (souhaitons-le-lui) n'aura pas à anticiper l'économie du nécessaire à sa survie pendant le temps de lancer son idée ou les conséquences de son échec. Une telle liberté d'entreprendre augmentera ainsi les chances de voir une invention vraisemblablement inutile être malgré tout engendrée. L'invention inutile que fut la pile voltaïque d'Alessandro Volta en 1800 démontre que la valeur économique immédiate d'une invention n'est pas représentative de son intérêt au long terme pour la société. Or la dépendance au revenu du travail peut aujourd'hui bloquer l'émergence de telles inventions.

Une idée à financer

Si le revenu universel vise à émanciper l'individu d'une des rares chaines qui le contraignent encore, le travail, il reste encore le plus délicat : financer un tel projet. Les propositions initiales de Benoît Hamon partent sur un coût annuel de 450 milliards d'euros, financé par diverses taxes et l'intégration de minima sociaux au revenu universel. 

Si ce revenu est infinançable pour certains, je suis personnellement parvenu à le financer, tout du moins sur le simulateur de financement du revenu universel proposé par le département de Gironde. Le financement d'une telle mesure, pour accorder 1'000€ à chacun (et 300€ pour les moins de 18 ans) doublerait alors l'impôt sur le revenu, y intégrerait toutes les aides sociales, et augmenterait l'imposition du patrimoine. Dans une logique de répartition des richesses, il ne semble pas anormal que les plus hauts revenus et propriétaires contribuent ainsi au confort de vie minimal de la société.

Une autre équation de financement du revenu, proposée sur le blog de Médiapart, approche la question de manière plus mathématique. Dans cette approche, le revenu minimal pour supprimer la pauvreté est de 12'000€ par an, soit le revenu maximal des 15% les plus pauvres. Le financement de ce revenu de base nécessiterait, pour les 50% de la population au revenu le plus élevé, une augmentation d'impôt allant progressivement de 0.35% à 25%. 

Cette seconde optique, basée sur le concept d’impôt négatif, a l'avantage de ne pas accorder le revenu universel aux plus fortunés alors que cet apport est souvent critiqué (bien que recevoir 12'000€ supplémentaires ou non n'impactera assurément pas les 8 millions de revenu annuel d'un Bernard Arnault).

Les critiques du revenu universel

Le revenu universel, s'il répond à un besoin d'indépendance vis-à-vis du travail et s'il propose une nouvelle approche de la construction sociale, n'est pas exempt d'inquiétudes.

La principale crainte est que le revenu universel finance principalement la paresse, permettant de passer la journée dans son canapé entre programme télévisé et jeux en ligne sans contribuer le moins du monde à la société. Si cette idée semble biologiquement correcte, le besoin étant comblé l'individu n'a plus à s'assurer de contribuer à la survie collective, elle semble infirmée par les études.

De manière compréhensible, l'absence de besoin d'autres revenus ne décourage pas l'individu de s'impliquer dans la société, d'autant qu'il serait judicieux de prendre en compte dans cette critique toutes les formes de contributions à la société qui ne sont pas perçues aujourd'hui comme un travail. L'organisation bénévole d'activités de divertissement, l'éducation des enfants, ou encore l'apport culturel et artistique en sont de bons exemples.

Une véritable crainte est d'ordre écologique. Le revenu universel, en permettant à chacun de vivre avec une certaine somme, et en limitant l'insécurité financière des populations les moins aisées, risque d'augmenter la consommation des ménages. Ce risque, favorable à la croissance et à la relance économique, est d'encourager la tendance actuelle de l'humanité à consommer davantage de ressources que ce que la Terre ne peut produire.



J'en suis revenu

Pour ma part, je suis favorable à un revenu qui détacherait la notion de revenu d'existence de celle de travail rémunéré. Une telle distinction permettrait à chacun de contribuer à la société comme il le désire sans la contrainte d'un emploi parfois trop abrutissant ou monopolisant pour avoir encore la force de contribuer à quoi que ce soit sur son temps libre.

Ce n'est sans doutes pas un hasard si les plus grandes contributions sociales de l'Histoire provenaient d'individus aisés et non du bas peuple, ce dernier n'ayant aucun temps à accorder à l'éducation et à la pensée. S'il fallait alors des hommes asservis pour produire le nécessaire à la vie des savants éduqués, nous disposerons à l'avenir de toujours plus de robots pour réaliser ces tâches basiques. Dans cette situation, l'humanité toute entière peut contribuer au progrès social, à condition que la production automatisée soit au service de cette humanité et non des seuls propriétaires de ces moyens de production.

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