dimanche 26 février 2017

Une police sans fondement

Depuis l'affaire Théo, de nombreuses mobilisations ont eu lieu en France, certaines assez violentes et d'autres plus calmes. Derrière toutes ces réactions, il semble évident qu'une fracture existe entre les forces de police et une part de la population comme de nombreuses autres affaires en témoignent. Les morts d'Adama Traoré et de Rémy Fraisse, ou encore les tirs directs de flash-balls pendant les manifestations contre la loi travail, sont autant d'événements mettant en cause la légitimité des policiers.

La question que m'évoquent ces affaires, au-delà de la culpabilité ou non de la police, est l'ensemble des circonstances qui mènent à une telle fracture. Comment l'institution policière permet-elle l'existence de tels comportements dans ses rangs ? Quelles solutions pouvons-nous envisager pour réconcilier la police avec ceux qui n'ont plus confiance en elle ?


Les déviances de la police
Entre soirée negro dans le Val-de-Marne et propos racistes sur internet, nous ne pouvons que constater que le racisme est trop présent dans la police. Ceci nous laisse penser que le concours de gardien de la paix ne s'assure nullement de la capacité des candidats à assumer leur devoir de neutralité et de réserve, tel qu'il est exigé par le code de déontologie.

Au-delà du racisme, le fait que le policier incriminé à Aulnay était réputé pour sa violence, sans que jamais sa hiérarchie ne se soit vue rapporter le tempérament sadique de son officier, interroge sur l'intérêt que porte la police nationale au profil psychologique de ses représentants.

Outre l'absence de suivi des policiers c'est même à une négation des accusations que nous avons à faire. Sihem Souid, par exemple, dénonçait de l'intérieur de la police un certain nombre de dérives dont la dissimulation de son propre viol.

Ce même sentiment d'impunité est ravivé quand la police, qui manifestait illégalement pour ses conditions de travail, rappelle à des lycéens ce qu'est une manifestation illégale alors qu'aucun policier n'a été poursuivi en brisant ces mêmes règles.

Changer la police pour rétablir la paix
Si les dérives de certains services de la police ne peuvent être généralisées à l'ensemble des forces de l'ordre, il reste néanmoins nécessaire de trouver des réponses aux comportements violents qui la composent.

Supprimer l'IGPN au profit du parquet civil
La première proposition serait de limiter la capacité de la police à nier un crime. Aujourd'hui, les crimes commis par la police sont soumis à l'enquête assurément neutre d'autres policiers. Comme le rappelle l'avocat Jérôme Karsenti, "Ça reste des policiers qui enquêtent sur des policiers. Ils font souvent preuve de complaisance, et enquêtent surtout à décharge". Ne serait-il pas plus impartial de confier l'enquête aux seuls tribunaux civils ? 

Équiper les policiers de caméras
La charge de prouver la bavure policière en serait simplifiée car le policier porterait cette preuve sur lui. De plus, un tel dispositif pourrait limiter la tentation de passer à l'acte des policiers, bien que l'affaire Théo, qui s'est déroulée sous caméra, puisse en faire douter. Dans tous les cas, comme le souligne le collectif "urgence notre police assassine", une vidéosurveillance personnelle des policiers ne saurait être efficace si le policier peut choisir quand la caméra est en fonction.

Développer la police de proximité
Enfin, la fracture entre police et populations semble aussi provenir du manque d'accessibilité de policiers qui, dans les zones sensibles, sont surarmés. La proposition serait alors de confier à des policiers de petites zones de surveillance où ils auraient le devoir de sympathiser avec la population. Le rôle de la police ne serait plus punitif mais préventif en détectant les comportements déviants au plus tôt.

En finir avec la politique du chiffre
Dans cette même logique de prévention des délits, mettre un terme à la politique du chiffre limiterait les incitations des policiers à discriminer dans le seul but de trouver des criminels pour remplir les quotas demandés. Ce changement de logique contribuerait par ailleurs à éviter l'effet de halo dont sont victimes certains quartiers dits sensibles. En effet, la réputation criminelle de ces quartiers incite la police à y réaliser son quota de crimes condamnés, ce qui augmente la réputation criminelle de ces quartiers, etc. 


Conclusion
Face à la fracture entre la police et une part de la population, il devient nécessaire de proposer des solutions pour éviter les bavures policières et la mauvaise image de la police qui en résulte. 

Accuser indirectement les policiers en renforçant leur contrôle peut être dangereux tout comme les solutions de proximité peuvent être dangereuses pour les policiers dans certaines zones. Dans tous les cas, une évolution de notre conception des forces de l'ordre est nécessaire au risque de voir le rapport du défenseur des droits empirer d'année en année.

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