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lundi 20 février 2017

Danse avec les robots


Lorsqu'un humain se retrouve au chômage, celui-ci dépend d'aides sociales qu'il ne contribue plus à financer, faute d'une activité économique suffisante de l'entreprise qui l'embauchait. Cependant, dans le cas du remplacement d'un humain par un robot, l'activité économique demeure la même, sans contribuer aux aides sociales et en augmentant le coût de ces dernières. 

Ainsi, pour pérenniser notre modèle social d'assistance envers ceux qui ne peuvent plus avoir accès à l'emploi, il semble nécessaire que leur remplaçant mécanique contribue au financement des aides, c'est l'idée d'une "taxe robot".


Dessine-moi un robot
Pour Mady Delvaux, députée européenne ayant étudié la robotisation de l'industrie, un robot "c’est d’abord un support physique, donc on élimine tout ce qui n’est qu’algorithme. Il a des senseurs et est interconnecté, n’a pas d’éléments biologiques, et il peut apprendre par lui-même. Il y a toute cette ambiguïté entre la digitalisation, l’intelligence artificielle et la robotique".

Mais dans notre société, c'est l'ensemble des processus automatisés qui remplacent l'emploi d'un humain. Aussi, à défaut d'envisager une "taxe robot", c'est d'une "taxe automatisation" dont nous devrions parler, car l'automatisation regroupe les robots et les logiciels qui effectuent les tâches précédemment dédiées aux humains. C'est donc bien la totalité des processus automatisés qui devrait se situer derrière le mot "robot".

Ce que gagne un robot
Si le robot peut bien être considéré comme un travailleur, il est impossible de définir ce qui est pour lui "le paiement du travail convenu", le salaire. Les robots sont en effet particulièrement peu exigeants lors de leurs négociations avec leur employeur. 

Côté employeur cependant, l'achat d'un robot représente un investissement financier important et nécessite, comme pour un salarié, un amortissement de la dépense engendrée pour garantir la survie à long terme de l'entreprise.

Dans l'exemple de l'entreprise japonaise Glory, le robot représente un investissement de 60'000 euros, amortissable, en France, en un an grâce aux 57'000 euros d'économie en salaire au SMIC des trois salariés remplacés. Si l'on suppose que ce travailleur infatigable atteindra l'âge moyen du parc des robots industriels français, 17 ans, notre robot permettra alors d'économiser 16 ans de salaires, soit quelque 912'000 euros. Il est alors tout à fait envisageable de taxer ce profit sans mettre en cause le potentiel d'investissement dans l'innovation, engendré par ces économies.


Le montant de la taxe
Pour notre robot japonais, nous pouvons nous appuyer sur plusieurs indicateurs pour estimer les taxes qui lui seront imposées. Si nous considérons le robot comme un travailleur, c'est un salaire complet qu'il devrait percevoir et qui serait mis à disposition de la société. Cependant, amortir le robot nécessiterait 20 ans. Si nous considérons le coût pour les aides sociales des emplois perdus : seuls 800 euros sont à prélever par mois et par employé remplacé, soit 28'800 euros par an. Le robot est amorti dans sa troisième année ce qui est bien plus convenable.

Cependant, il n'est pas toujours simple de définir combien d'humains sont remplacés par un robot, notamment quand le remplacement a eu lieu il y a des décennies. Il est encore moins facile de dire combien d'employés remplace un logiciel de gestion du stock d'une entreprise.

Taxer les robots sur la base du chiffre d'affaires ou du bénéfice réalisé par une entreprise est aussi problématique. Les astuces fiscales utilisées par les entreprises enlèveraient une grande partie de la contribution censée être générée par la taxe. Une autre proposition de taxe des robots serait alors basée sur la valeur ajoutée au produit fabriqué par le robot.

Les cotisations sociales, une taxe sur la valeur ajoutée
Comme le rappellent Henri Sterdyniak et Pierre Villa, les cotisations sociales influent sur les prix des produits finis de la même manière que la TVA. Il est alors possible de transférer la récupération des cotisations dans la TVA. Attention cependant aux abus du langage courant, augmenter la TVA ne rime pas avec une diminution du pouvoir d'achat des ménages dans le cas de ce transfert, le poids des cotisations sociales, part intégrante du prix de vente, disparaissant d'autant.

L'avantage de cette idée de réforme fiscale est qu'elle taxera toute contribution à l'économie au même titre. Qu'un humain ou un robot soit à l'oeuvre, la valeur récupérée par l'État sera identique. Il reste cependant un petit bémol, s'assurer que la distinction de la part sociale de la TVA soit bien appliquée au risque d'oublier, un jour, le rôle de cette taxe.


Conclusion
Il me semble que taxer les robots, en tant que machine, c'est oublier tous les procédés automatisés employés par les entreprises et qui contribuent à l'économie. S'il s'agit de faire contribuer ces acteurs non-humains au financement des aides sociales, il devient alors difficile de définir la base sur laquelle taxer ces machines. Une proposition serait le transfert des cotisations sociales dans la TVA. Ainsi toute valeur ajoutée par le travail contribuerait en proportions identiques aux aides sociales, indépendamment de la nature du travailleur, robot ou humain.


EDIT 2 mars 2017 : la socialisation des profits proposée par media24

lundi 13 février 2017

Le travail en perte d'emplois

C'est une question de fond de la campagne présidentielle qui commence, comment offrir un emploi à chacun ? Que les propositions soient de mieux former les chômeurs, de taxer les machines ou d'encourager à recruter un Français plutôt qu'un étranger, la première question à se poser est de savoir si nous pouvons garantir aujourd'hui, et sur le long terme, qu'il y aura assez d'emplois pour tout le monde.


Disparition du travail
La plupart des recherches menées sur la question de l'avenir de l'emploi sont assez pessimistes, une bonne partie des métiers sont voués à être remplacés par un robot et/ou un logiciel. 47% des métiers actuels disparaîtraient ainsi d'ici 10 à 20 ans d'après une étude d'Oxford. le scénario est simple et la part en situation précaire de la population semble vouée à augmenter.

Cependant, il ne faut pas oublier de prendre en compte les opportunités de création de nouveaux emplois et métiers grâce aux nouvelles technologies. Le Conseil d'Orientation pour l'Emploi(COE) estime que seulement 10% des emplois français sont menacés d'ici 2022 en y ajoutant les possibles nouveaux métiers. Le COE envisage même une augmentation globale du nombre d'emplois... qualifiés, et donc indisponibles aux principales victimes de l'informatisation.

Certes il est tout à fait possible à un individu de se former à un nouveau métier. Mais selon les compétences de départ de chacun, deux ans de droits au chômage ne suffiront peut-être pas à transformer un agent d'entretien en cadre à même d'effectuer les tâches "qui impliquent de résoudre des problèmes, de faire preuve de créativité ou de leadership"

La création d'emplois et la population active
Si l'on fait abstraction des catégories d'emploi touchées et de l'évolution des qualifications requises pour un emploi, qu'en est-il du nombre brut d'emplois disponibles et nécessaires en France pour que chacun ait un travail ?

D'après le ministère du travail, la création d'emplois en France était de 41 milliers en 2014. Comparés aux 1,228 millions de chômeurs de longue durée (plus d'un an) comptés en 2015, il faudra attendre encore 30 ans avant de fournir un travail à chaque Français qui en recherche, si la création d'emplois reste stable.

Côté renouvellement de la population, l'INSEE définit la population active comme étant l'ensemble des 15-64 ans. Si l'on observe la pyramide des âges, le nombre de jeunes qui entreront sur le marché du travail chaque année pendant les 14 prochaines années est en moyenne de 819'486 contre le départ de 859'397 anciens. Ce sont donc 40'000 emplois disponibles chaque année qui ne seront pas pourvus par l'arrivée de nouveaux salariés. Nous voilà rassurés, il ne nous faut plus que 16 ans pour fournir un emploi à chacun.


En conclusion
Sans avoir pris en compte le solde migratoire, les morts prématurées et autres crises économiques, l'idée d'un emploi pour chacun en France n'est pas pensable avant que les répercussions de l'informatisation ne se produisent. 10% d'emplois menacés d'ici 2022, 47% des métiers menacés d'ici 2024-2034 face à un "plein emploi" biaisé que nous avons calculé ici en 2031.

Qu'elle politique envisager pour limiter la précarité de la population qui n'a pas la chance d'avoir un travail ?
Une régulation des naissances pour ajuster natalité et demande de travailleurs ? 
Une diminution du temps de travail pour répartir l'emploi disponible sur le nombre de travailleurs ?
Planifier la formation des jeunes en fonction des emplois qui seront demandés à leur sortie d'études pour éviter les erreurs de parcours et les besoins d'être formés une seconde fois ?
Distinguer le travail de l'aptitude à avoir l'argent pour vivre via un revenu universel ?
Accuser le chômeur de l'outrage qu'il commet en ne trouvant pas un emploi qui n'existera que dans 15 ans au mieux ?