dimanche 23 avril 2017

Scrutin à deux tours : le retour du président

En ce jour de premier tour des élections présidentielles, les limitations de notre mode de scrutin majoritaire à deux tours semblent évidentes. "Vote utile" plutôt que choix d'un programme pour la France, plébiscite d'un chef au lieu d'une vision du monde, "vote de barrage", une majorité systématiquement non représentée à la tête de l'état, les anomalies sont nombreuses.


De quel mal parle-t-on ?

L'élection présidentielle de 2002 illustre les défauts de notre mode de scrutin. Le vote de barrage du second tour aura propulsé Jacques Chirac, avec 80% des voix, à la tête d'un pays où 37,64% des électeurs soutenaient un candidat de gauche contre 30,63% pour la droite. 

S'il s'agit de comptes d'apothicaires, il n'en demeure pas moins que le choix des candidats pour le second tour, et le nom du vainqueur, aurait été différent si seule l'idéologie politique des candidats était prise en compte. 

Sans la menace Jean-Marie Le Pen au second tour, il est difficile d'imaginer que l'électeur de gauche ai trouvé judicieux de soutenir un programme de droite au second tour. Sans la division des candidats à gauche, Lionel Jospin aurait certainement été devant Jean-Marie Le Pen au premier tour, et le second tour aurait été totalement différent. 

Ce n'est donc pas la direction voulue par le peuple qui est sorti des élections, mais l'opposition à une autre direction qui a été choisie. La démocratie ne s'est donc jamais prononcé à la faveur du programme de Jacques Chirac en cette année 2002.

L'élection de 2012 illustre le même problème, la majorité des Français souhaitaient-ils un programme de gauche ou voulaient-ils empêcher la réélection de Nicolas Sarkozy ? Et combien même, 48% des Français ne seront finalement pas représentés à la tête de l'État par un François Hollande qu'ils n'ont pas choisi.

Voter pour le meilleur

La première chose qu'il semble pertinent de changer dans notre mode de scrutin est ce second tour, où une part de la population vote pour le moins pire des candidats encore en lice. Se contenter du premier tour n'est pas envisageable s'il faut nommer le seul candidat que nous voulons voir gouverner. En effet, il ne serait pas légitime, avec 20-30% des voix, et nous n'aurions pas l'assurance qu'il s'agirait du meilleur candidat possible.

L'une des propositions serait le jugement majoritaire à un tour. L'idée ici n'est plus de choisir un seul candidat, avec ses bonnes et ses mauvaises idées (et ses éventuels déboires judiciaires) mais de juger de notre niveau d'adhésion envers chaque candidat. Le candidat finalement choisit serait ainsi le plus consensuel. Le candidat que les électeurs trouveraient, globalement, le plus proche de leurs convictions. 

Illustration du jugement majoritaire, plus de 50% des électeurs ont donné la mention bien ou une autre plus positive à Jacques, Assez bien pour Marie et Pierre.
Jacques est le candidat qui est globalement le mieux jugé par les électeurs

Ce système présente ses propres limites, le candidat élu ne sera pas forcément celui qui aurait reçu le plus de vote dans notre système actuel, il pourrait aussi être celui qui présente la plus forte opposition  (A rejeter) ou le moins de très forte adhésion (Excellent). Mais il incarnerait le consensus des électeurs car il est un bon candidat pour plus de 50% de la population, un degré d'adhésion que n'atteignent pas les autres candidats.

Et si le meilleur reçoit la mention "insuffisant" ? Il sera alors temps d'envisager, comme dans les propositions de vote blanc majoritaire, un nouveau scrutin avec de nouveaux candidats. Si deux candidats ont la même mention majoritaire (comme Pierre et Marie en l'absence de Jacques), celui qui aura le plus de mentions plus favorables serait choisi : Pierre, car "bien" pour 40% des électeurs contre 30% pour Marie.


Cela resterait insuffisant

Il reste ici un problème, quel que soit le candidat élu, il sera toujours à rejeter pour une partie de la population qui ne sera alors pas représentée par le nouveau président. Cependant, ce problème de représentation des minorités dans la politique du chef de l'Etat est insoluble, seule l'élection d'un conseil plutôt que d'un individu pourrait contrer ce penchant de notre système électoral, mais ce n'est alors plus une question de scrutin.

lundi 10 avril 2017

Les sondes à jeu politique

En pleine campagne présidentielle, les sondages sont légion et il ne se passe pratiquement pas un jour sans nouveau sondage depuis février. Pourtant, les récentes élections américaines, ou encore le Brexit, ont montré que les sondages semblent peu efficaces pour prédire le résultat d'un vote. Jean-Luc Mélenchon propose de mieux encadrer ces enquêtes d'opinion et de les interdire à l'approche d'une élection. Quels sont ainsi les problèmes des sondages qui justifieraient leur interdiction et à quoi servent-ils aujourd'hui ?


Des sondages pertinents et utiles

Lorsque l'on observe les sondages politiques réalisés ces dernières années, il semble qu'ils soient globalement pertinents et prédictifs de ce qui se produira lors du vote. Comme le rappelait le Nouvel Obs en 2012, les sondages ont, la plupart du temps, prédit la bonne réponse... dans le cas où les sondés ont répondu honnêtement. 

C'est ainsi la principale limite de l'enquête d'opinion : la raison pour laquelle l'estimation des votes favorables à Jean-Marie Le Pen ont systématiquement été plus bas que la réalité, le sondé doit oser avouer sa préférence. En dehors de cette limite, les sondages sont donc pertinents pour toute personne souhaitant savoir si le déroulement de l'élection sera favorable à ses idées (ou s'il est temps de se reconvertir en prosélyte auprès de ses voisins)

Utiles pour qui sait s'en servir

La principale critique que l'on peut opposer aux sondages est leur interaction avec le biais de conformité. Ce biais cognitif incite l'individu à suivre l'avis majoritaire de la société qui l'entoure. Initialement utile pour augmenter ses chances de survie en améliorant son intégration au groupe, ce réflexe de conformité devient le pire adversaire du citoyen qui croise un sondage en période électorale.

Il n'est du coup pas étonnant que, connaissant l'existence de ce biais, certains individus soient tentés de manipuler le résultat des sondages pour orienter l'opinion d'autrui vers le choix qui les intéresse. La parfaite illustration de ce comportement était chez BFM après le débat qui a opposé 5 des 11 candidats à l'élection. BFM était ainsi la seule chaîne où le sondage présente Emmanuel Macron comme le candidat le plus convaincant.

Si l'on peut remarquer que le sondage suivait des méthodes d'enquête peu recommandables (uniquement un sous-groupe d'un ensemble représentatif ayant répondu), reste que celui-ci, présenté à la télévision, conserve son effet d'influence sur les téléspectateurs. Dans ce contexte, on comprend mieux l'inquiétude de Mélenchon vis-à-vis de la pratique sondagière.

Finalement anti-démocratique

Pire encore que la conformité, le sondage peut véritablement permettre de nier le débat démocratique. L'appel au vote utile, lorsqu'un candidat à l'élection est considéré comme dangereux par une partie de la classe politique, est l'illustration d'un autre danger des sondages : ils facilitent l'utilisation de la démagogie. 

En effet, et nous le constatons actuellement, de nombreuses personnalités politiques se réunissent derrière Macron parce que "lui seul peut faire barrage à la montée du Front National". Or, à partir de l'instant où cette idée de vote barrage surgit, le programme politique d'un candidat n'a plus lieu d'être évalué, le vote utile étant la seule règle importante.

De plus, la notion de vote utile incite à ne voter que pour les candidats qui ont une chance d'accéder au second tour. Les médias cherchant à obtenir l'attention des citoyens seront ainsi tentés de focaliser leurs émissions sur ces candidats porteurs d'audimat au risque de fausser le cours de l'élection. Le débat à 5 organisé pour la présidentielle illustre bien ce problème. Du point de vue de la démocratie, les idées des 11 candidats ont la même valeur. Or, parce que les sondages indiquent 5 candidats plus importants, ils sont mis en évidence et deviennent les décideurs des thèmes de campagne.


En conclusion

Le sondage semble être le pire indicateur possible de l'évolution d'une campagne politique. Les biais de conformité, ainsi les actions démagogiques des candidats qui peuvent survenir de la consultation des sondages, faussent ainsi le débat démocratique de l'élection et, in fine, son résultat. L'élection de Jacques Chirac en 2002, avec une large majorité, témoigne des conséquences que peuvent avoir les biais de l'opinion. Il aurait pourtant semblé logique que la plupart des électeurs de gauche, qui ne pouvaient pas davantage se reconnaître en Chirac qu'en Le Pen, s'abstiennent de faire un choix au second tour (encore que la crainte du racisme de Le Pen ait pu être une incitation suffisante pour une part de cette gauche à voter pour Chirac).

Les sondages sont de trop loin la source de biais dans un débat démocratique et il semble inévitable, pour renouer avec la démocratie en France, d'interdire le recours à ces instruments qui manipulent le débat national plutôt qu'ils ne l'enrichissent.




dimanche 2 avril 2017

Le revenu, une liberté de base

Après avoir constaté dans un précédent article que "l'idée d'un emploi pour chacun en France n'est pas pensable avant que les répercussions de l'informatisation ne se produisent", la question que je me pose désormais est : comment envisager un avenir pour l'ensemble des Français si l'opportunité d'un travail pour chacun n'est plus envisageable, et surtout, comment un citoyen sans travail parviendra-t-il à survivre sans le revenu de son travail ?



La continuité des aides sociales

Aujourd'hui, la seule source alternative de revenu de l'individu qui n'a pas l'opportunité de travailler est l'ensemble des aides sociales : le revenu de solidarité active(RSA), les aides familiales dont l'aide au logement et, pour les anciens travailleurs, le chômage. Le principal défaut de ces sources de revenu est qu'elles sont toutes conditionnées, soit par utilité (l'aide au logement), soit par critère d'accessibilité (recherche active d'emploi pour le chômage et le RSA, et plus de 25 ans pour le RSA hors exceptions)

Dans une société où trouver un emploi n'est plus possible pour chacun, il me semble nécessaire de trouver d'autres sources de revenu. L'une des propositions, mise en lumière par le candidat à la présidentielle Benoit Hamon, est le revenu universel. Le concept de ce revenu, qu'il soit désigné comme étant universel, de base ou comme impôt négatif reste le même : affranchir le citoyen de la dépendance au travail et offrir à chacun la liberté de se déterminer sans surveillance de l'État (plus concrètement résumé par Le Monde ici)

Dans cette idée, chacun pourra alors se déterminer par rapport au travail. Celui qui voudra travailler pour un salaire décent sera davantage en position de force dans la négociation avec l'employeur, dès lors que le salaire négocié n'est pas la seule source de revenu de l'individu. 

L'individu qui souhaitera s'adonner à sa passion (à tout hasard, raisonner sur la politique et la société) pourra ainsi y consacrer l'entièreté de son temps sans avoir l'obligation de trouver un revenu de subsistance d'autre part.

Enfin, l'entrepreneur ou chercheur souhaitant développer son idée qu'il pense révolutionnaire (souhaitons-le-lui) n'aura pas à anticiper l'économie du nécessaire à sa survie pendant le temps de lancer son idée ou les conséquences de son échec. Une telle liberté d'entreprendre augmentera ainsi les chances de voir une invention vraisemblablement inutile être malgré tout engendrée. L'invention inutile que fut la pile voltaïque d'Alessandro Volta en 1800 démontre que la valeur économique immédiate d'une invention n'est pas représentative de son intérêt au long terme pour la société. Or la dépendance au revenu du travail peut aujourd'hui bloquer l'émergence de telles inventions.

Une idée à financer

Si le revenu universel vise à émanciper l'individu d'une des rares chaines qui le contraignent encore, le travail, il reste encore le plus délicat : financer un tel projet. Les propositions initiales de Benoît Hamon partent sur un coût annuel de 450 milliards d'euros, financé par diverses taxes et l'intégration de minima sociaux au revenu universel. 

Si ce revenu est infinançable pour certains, je suis personnellement parvenu à le financer, tout du moins sur le simulateur de financement du revenu universel proposé par le département de Gironde. Le financement d'une telle mesure, pour accorder 1'000€ à chacun (et 300€ pour les moins de 18 ans) doublerait alors l'impôt sur le revenu, y intégrerait toutes les aides sociales, et augmenterait l'imposition du patrimoine. Dans une logique de répartition des richesses, il ne semble pas anormal que les plus hauts revenus et propriétaires contribuent ainsi au confort de vie minimal de la société.

Une autre équation de financement du revenu, proposée sur le blog de Médiapart, approche la question de manière plus mathématique. Dans cette approche, le revenu minimal pour supprimer la pauvreté est de 12'000€ par an, soit le revenu maximal des 15% les plus pauvres. Le financement de ce revenu de base nécessiterait, pour les 50% de la population au revenu le plus élevé, une augmentation d'impôt allant progressivement de 0.35% à 25%. 

Cette seconde optique, basée sur le concept d’impôt négatif, a l'avantage de ne pas accorder le revenu universel aux plus fortunés alors que cet apport est souvent critiqué (bien que recevoir 12'000€ supplémentaires ou non n'impactera assurément pas les 8 millions de revenu annuel d'un Bernard Arnault).

Les critiques du revenu universel

Le revenu universel, s'il répond à un besoin d'indépendance vis-à-vis du travail et s'il propose une nouvelle approche de la construction sociale, n'est pas exempt d'inquiétudes.

La principale crainte est que le revenu universel finance principalement la paresse, permettant de passer la journée dans son canapé entre programme télévisé et jeux en ligne sans contribuer le moins du monde à la société. Si cette idée semble biologiquement correcte, le besoin étant comblé l'individu n'a plus à s'assurer de contribuer à la survie collective, elle semble infirmée par les études.

De manière compréhensible, l'absence de besoin d'autres revenus ne décourage pas l'individu de s'impliquer dans la société, d'autant qu'il serait judicieux de prendre en compte dans cette critique toutes les formes de contributions à la société qui ne sont pas perçues aujourd'hui comme un travail. L'organisation bénévole d'activités de divertissement, l'éducation des enfants, ou encore l'apport culturel et artistique en sont de bons exemples.

Une véritable crainte est d'ordre écologique. Le revenu universel, en permettant à chacun de vivre avec une certaine somme, et en limitant l'insécurité financière des populations les moins aisées, risque d'augmenter la consommation des ménages. Ce risque, favorable à la croissance et à la relance économique, est d'encourager la tendance actuelle de l'humanité à consommer davantage de ressources que ce que la Terre ne peut produire.



J'en suis revenu

Pour ma part, je suis favorable à un revenu qui détacherait la notion de revenu d'existence de celle de travail rémunéré. Une telle distinction permettrait à chacun de contribuer à la société comme il le désire sans la contrainte d'un emploi parfois trop abrutissant ou monopolisant pour avoir encore la force de contribuer à quoi que ce soit sur son temps libre.

Ce n'est sans doutes pas un hasard si les plus grandes contributions sociales de l'Histoire provenaient d'individus aisés et non du bas peuple, ce dernier n'ayant aucun temps à accorder à l'éducation et à la pensée. S'il fallait alors des hommes asservis pour produire le nécessaire à la vie des savants éduqués, nous disposerons à l'avenir de toujours plus de robots pour réaliser ces tâches basiques. Dans cette situation, l'humanité toute entière peut contribuer au progrès social, à condition que la production automatisée soit au service de cette humanité et non des seuls propriétaires de ces moyens de production.

dimanche 26 mars 2017

Vox populiste

Ce n'est un secret pour personne, le Front National de Marine Le Pen est populiste, avec tout le mépris que cette phrase suscite dans l’imaginaire politique. Ce que l'on ignorait peut-être davantage, c'est qu'Emanuel Macron s'en revendique fièrement, tout en refusant d'être qualifié de démagogue. Comme je trouve étonnant qu'un candidat politique se revendique d'un terme péjoratif, il me semble qu'un point sur le sens de ce terme est aujourd'hui nécessaire.



Le populisme c'est cool

D'après notre rousse nationale, le populisme est à l'origine un mouvement socialiste russe opposé au tsarisme, le narodnitchestvo (littéralement populisme). L'encyclopédie Universalis nous précise que l'un des premiers événements de ce mouvement est " la « croisade vers le peuple » (1874) : les jeunes intellectuels tentent d'investir et d'éduquer la paysannerie qui détient, selon eux, dans ses formes d'organisation économique et sociale, la solution des problèmes de la nation russe. " une intention que l'on pourrait rapprocher des volontés de nos philosophes des Lumières dont l'encyclopédie visait à propager la connaissance dans les strates de la société.

Au final, le populisme désigne les "mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes" et l'intention semble bien noble. Le Front National, dans son combat contre le système, a toutes les raisons d'être désigné comme populiste au même titre que le renouveau que dit incarner En Marche. 

Lorsque la volonté d'un mouvement politique est de favoriser le peuple face à une élite dirigeant la société et cherchant à orienter la pensée du peuple, il est difficile de le lui reprocher. Surtout dans une France de 2017 où la meute des éditocrates, entre autre, s'échine à décrédibiliser les mouvements sociaux et, à tout hasard, à refuser l'exposition médiatique de petits candidats aux élections présidentielles.

La confusion délibérée

Quand Christian Estrosi accuse Marine Le Pen de "faire du populisme sur la Promenade des Anglais" il me semble que ce dont il l'accuse est de "flatter [...] les passions des masses populaires [...] pour accroître sa popularité", ce n'est donc pas de populisme qu'il s'agit mais de démagogie

Plus loin encore, à voir l'utilisation péjorative de la volonté de libérer le peuple de la domination des élites, on finit par se demander s'il ne serait pas plus judicieux de suivre les courants de pensée populistes plutôt que ceux qui s'y opposent.

La confusion de Jean-Marc Ayrault entre populisme et isolationnisme lors de son déplacement à Sydney ou l'emploi du terme jusqu'à parler des "plus sombres heures populistes de notre Histoire" achève même de convaincre que ce rejet du populisme a le goût d'un rejet de l'expression populaire et de la démocratie.

Au point de légitimer la démagogie

Lorsque Marine Le Pen propose la préférence nationale pour favoriser l'emploi français (sophisme de cause unique ignorant les autres causes du chômage des Français), il s'agit de démagogie, lorsqu'elle propose de revoir les relations de la France avec les institutions supranationales de l'Europe, il s'agit de populisme (ramener une part de souveraineté qui a échappé aux Français dans des institutions pas toujours démocratiques)

À force de confondre ces notions, le risque est d'entretenir la même confusion dans l'esprit des citoyens. Si le populisme est malsain, alors toutes les idées associées sont malsaines, et plus aucun parti politique de la présidentielle n'est pertinent. 

Si finalement le populisme est la liberté du peuple face aux élites, alors les partis qui sont qualifiés par ce terme ont sûrement les solutions aux problèmes engendrés par l'élite actuelle, sans quoi cette dernière ne chercherait pas à les rabaisser sur une confusion des termes illustrant leur manque d'arguments. 



Conclusion

Entretenir la confusion entre démagogie, isolationnisme, nationalisme, populisme et autres (parfois saupoudré d'un appel au nazisme) est sans doutes le meilleur moyen aujourd'hui de légitimer les thèses racistes de certains partis politiques alors qu'ils pourraient être définis par ce qu'ils sont vraiment : sophistes et démagogiques.


dimanche 19 mars 2017

Distinguer l'État de l'urgence

Au lendemain de l'attaque du Bataclan, le 13 novembre 2015, l'état d'urgence est décrété en France. Celui-ci permet directement au ministre de l'Intérieur de prononcer l'assignation à résidence et la perquisition des domiciles d'individus, dans le cas où "il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre publics". À situation exceptionnelle post-attentat, mesure exceptionnelle...ment longue.

Décréter l'état d'urgence était-il judicieux et efficace ? et surtout, est-il toujours pertinent de maintenir cet état en 2017 ?


Les effets directs 

L'efficacité de l'état d'urgence après les attentats est indéniable. La synthèse de la commission de contrôle parlementaire indique que 3594 perquisitions ont été effectuées et ont permis de découvrir 757 armes à feu, entre le 14 novembre 2015 et le 25 mai 2016. 

Le problème apparaît dès la deuxième période de 6 mois de l'état d'urgence. 500 perquisitions qui ne mènent plus qu'à 4 découvertes d'armes. Si l'on observe les autres mesures prises dans ces périodes, 4 puis 13 lieux de réunion sont fermés sur le territoire français, soit assez peu de choses pour endiguer la radicalisation islamique des quelque 647 personnes assignées à résidence disséminées dans 23 villes françaises.

Après 1 an d'exception, Amnesty International constatait pour sa part que la grande majorité des procédures provoquées par l'état d'urgence avaient été peu fructueuses, au prix élevé du non-respect des droits et libertés les plus fondamentales. 

Au final, dans la première année de l'état d'urgence, le succès des opérations pendant les 6 premiers mois d'urgence s'estompe très vite comme le témoigne la diminution du nombre de procédures. Ce succès est d'autant plus critiquable lorsqu'il est associé à la mise en danger des principes de liberté et de séparation des pouvoirs revendiqués en France, provoquer des perquisitions et des restrictions des libertés individuelles étant un pouvoir judiciaire mis dans les mains de l'exécutif.

Un état d'abus

Si l'état d'urgence a perdu de son efficacité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme après les 6 premiers mois d'action, il a ensuite permis à de nombreux abus d'avoir lieu. Les mesures préventives sur des militants écologistes pendant la COP21 n'étaient en rien liées au besoin de lutter contre le terrorisme. Ces abus ont pourtant permis à une répression politique assumée d'avoir lieu.

Même son de cloche lors des manifestations contre la loi travail. Sous prétexte de lutter contre les violences dans les défilés, l'exécutif a tenté d'interdire certaines manifestations. Or ces violences en marge des protestations citoyennes ne sont pas nouvelles et n'étaient certainement pas les plus préoccupantes, comparées aux batailles rangées engendrées par l'Euro de football au même moment.

Enfin, les assignations à résidence ont finalement un effet plus négatif qu'autre chose. Le témoignage de M. Ifren illustre le danger de cette mesure. Alors que de nombreux sociologues supposent que la radicalisation vient de l'exclusion et de la stigmatisation, faire perdre son emploi et isoler socialement un individu, c'est prendre le risque de faciliter et d'amplifier la radicalisation des individus concernés par l'assignation à résidence.


Revenons aux sources

Face aux abus engendrés par l'état d'urgence, et son aveu de faiblesse après les 6 premiers mois de perquisitions, il est difficile aujourd'hui de considérer légitime le maintient de cet État d'exception. 

Plus encore, de nombreuses dispositions contraires aux droits fondamentaux ont été prises depuis la mise en place de l'état d'urgence, principalement la loi renseignement, légalisant la mise sur écoute des Français, et le renforcement des pouvoirs de police, intégrant dans la loi certaines dispositions de l'état d'urgence dont les perquisitions nocturnes.

Enfin, le plus grand risque de l'exception est qu'on oublie sa raison d'être, risque atteint cette semaine par le Président de la République, pour qui "L'explosion d'un courrier piégé au siège parisien du Fonds monétaire international et la fusillade à Grasse, jeudi, [...] conduit à justifier l'état d'urgence". Pourtant, ces affaires n'ont aucun lien avéré avec le terrorisme qui a initié l'état d'urgence et n'auraient en aucun cas pus être anticipées.


Il est sans doutes temps de revenir sur ces pratiques dangereuses, instaurées par l'émotion, et de revenir sur les bases saines d'une démocratie respectant les droits et libertés des individus. Ensuite sera-t-il temps de s'interroger calmement sur les lois nécessaires à la protection des Français.

dimanche 12 mars 2017

La démoc rassit

Notre cinquième république dont nous sommes si fiers serait-elle en bout de course ? La question est de plus en plus présente, au point que certains candidats à la présidentielle proposent de passer à une sixième république qui changerait en profondeur notre constitution. L'abstentionnisme des citoyens, dégoûtés par la politique française, illustre le danger que nous encourons alors notre république ne tient simplement pas compte de cette apathie.


Les maux de la République

Plusieurs causes de ce désintéressement peuvent être envisagées. Le fameux slogan du "tous pourris" illustre le principal facteur de déception envers les politiciens français. La liste des politiciens condamnés en justice est interminable. Voir les mêmes personnages poursuivre aujourd'hui leur carrière, parfois remis en selle par d'autres politiciens, laisse systématiquement dans la tête des citoyens cette même sensation qu'un responsable politique n'est pas digne de confiance. In fine, pourquoi s'embêter à voter, quand les candidats en profiteront quoi qu'il advienne pour se remplir les poches aux frais du contribuable ?

Lorsqu'en plus, les partis politiques deviennent plus importants que le devoir de représentation des députés, il devient difficile pour un citoyen de se sentir représenté, et donc légitime à voter pour celui qui agira davantage pour son parti politique que pour ceux qu'il représente. Les nombreuses menaces d'exclusion que reçoivent les député faisant passer leurs convictions avant leur parti, témoignent d'un autre comportement politique excluant les citoyens du débat démocratique législatif.

Enfin, les promesses de campagne bafouées, tant par la droite que la gauche, et les référendums ignorés, achèvent d'exaspérer les citoyens en confirmant que, même quand la question leur est posée, la réponse n'a que peu d'impact sur les décisions qui seront prises.

La non-démocratie française

Face à perte de vitesse et de confiance en la démocratie, la question est importante : quelles solutions pouvons-nous mettre en oeuvre pour renforcer notre démocratie ? 

La première réponse est peut-être dans la définition même de démocratie. Le "peuple souverain" implique que les décisions pour l'avenir de la nation soient prises par le peuple, l'assemblée des citoyens. Au titre de cette définition, il s'avère que la France n'est absolument pas démocratique. "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants"... dès lors que l'on suppose qu'en 5 ans, la situation du pays n'évolue pas assez, sans quoi les intérêts des Français ne seraient plus représentés. La crise des subprimes atteste d'ailleurs que le monde attend sagement la fin d'un mandat présidentiel français pour faire évoluer la situation de la France.

La vraie question n'est donc pas de renforcer la démocratie mais de faire exister la démocratie en France. Permettre au peuple d'intervenir dans les décisions politiques, lorsqu'il estime être mal représenté, est un bon début, et le référendum d'initiative populaire l'application d'un tel précepte. Alors que les manifestations contre la loi travail ou contre le mariage pour tous ont été accompagnées de violences, demander à l'ensemble des citoyens de trancher éviterai des mois de mobilisations et garantirait le respect du peuple souverain.

Quant à la faisabilité du référendum, les moyens technologiques aujourd'hui disponibles limitent le coût d'organisation d'un référendum. La fondation Jean Jaurès propose par ailleurs un rapport conséquent de possibilités démocratiques offertes par le numérique.


D'autres idées

Si le référendum d'initiative populaire permettrait déjà de limiter la capacité des responsables politiques à abuser de leur position et à briser leurs promesses, d'autres pistes existent. 

La non-reconnaissance du vote blanc incite à s'abstenir plutôt que d'aller voter pour être finalement ignoré. Ainsi l'opposition du citoyen à tous les choix proposés n'est pas distinguée de son indifférence. La Colombie respecte le vote blanc majoritaire en renouvelant le scrutin avec une liste neuve de candidats, incitant, au passage, à un renouvellement de la classe politique.

Sur la représentation des citoyens, les élections législatives, et le scrutin actuel par circonscription, aboutissent à un parlement non représentatif des électeurs comme le précise Le Monde. De la même manière, la prime majoritaire des élections régionales nuit à la représentativité des élus.

C'est ainsi un ensemble de questions sur le fonctionnement de la démocratie que nous devons nous poser pour éviter les sorties de route de notre système politique.

dimanche 5 mars 2017

Remercier le licenciement

Dans ses propositions pour l'élection présidentielle pour 2017, le Nouveau Parti Anticapitaliste propose d'interdire aux entreprises le licenciement. Faute d'informations plus détaillées sur la mise en place de cette proposition, nous supposerons ici que le NPA souhaite interdire toutes les formes de licenciement.


Lutter contre le licenciement abusif
De prime abord, interdire les licenciements semble pertinent quand on observe les conséquences psychologiques subies par le salarié licencié. La remise en cause de son parcours professionnel et de son niveau de vie personnel, ainsi que le jugement d'une société française pratiquant l'accusation du chômeur sont autant de sources de souffrances psychologiques.

Lorsque cette souffrance est causée par une cause illégitime, nous sommes en droit de chercher à l'éviter. Le licenciement boursier est sans doutes la plus terrible des causes abusives de licenciement économique aujourd'hui permises. Licencier alors que l'entreprise engrange des bénéfices et que les instances dirigeantes augmentent leur rémunération, dans le seul but de doper l'action boursière de la compagnie résume le rôle du salarié à celui de variable d'ajustement de l'entreprise quand il devrait en être le centre d'intérêt.


Interdire serait nuire
Si, au vu des pratiques précédentes et de leurs conséquences pour le licencié, il semble légitime d'interdire des licenciements, il ne faut pas ignorer pour autant les conditions légitimes menant à exclure un salarié de l'entreprise.

S'il s'agit de licencier un salarié pour faute, ce n'est pas causer son malheur mais se prémunir de désagréments qui représentent une menace pour l'entreprise. De la même manière, une entreprise avec de réels problèmes économiques doit pouvoir ajuster ses dépenses si elle souhaite relancer son activité et cet ajustement peut nécessiter le départ d'une partie de la force de travail.

De plus, la crainte de ne pas pouvoir se séparer d'un salarié pousserait les employeurs à embaucher en contrats à durée déterminée voire en intérimaire. Empêcher les licenciements en précarisant davantage les salariés serait au final contre-productif.

Enfin, interdire les licenciements serait encourager les patrons malintentionnés à employer des stratégies de harcèlement pour pousser le salarié à la démission, avec des conséquences sur la santé de l'employé qui peuvent être bien plus néfastes que le passage au statut de chômeur.


Finalement
Interdire le licenciement est une proposition légitime quand on constate la souffrance infligée au salarié qui perd son emploi. Cependant, cette interdiction stricte pose problème car elle risque de favoriser l’effondrement d'entreprises en difficulté et les mauvaises pratiques permettant de contourner le cadre des licenciements.

Pour lutter contre les pratiques injustes, renforcer la législation et le contrôle des motifs de licenciement, notamment l'interdiction des licenciements boursiers, serait sans doutes une meilleure idée à ressortir des cartons, malgré l'échec de son dernier passage devant le sénat.

dimanche 26 février 2017

Une police sans fondement

Depuis l'affaire Théo, de nombreuses mobilisations ont eu lieu en France, certaines assez violentes et d'autres plus calmes. Derrière toutes ces réactions, il semble évident qu'une fracture existe entre les forces de police et une part de la population comme de nombreuses autres affaires en témoignent. Les morts d'Adama Traoré et de Rémy Fraisse, ou encore les tirs directs de flash-balls pendant les manifestations contre la loi travail, sont autant d'événements mettant en cause la légitimité des policiers.

La question que m'évoquent ces affaires, au-delà de la culpabilité ou non de la police, est l'ensemble des circonstances qui mènent à une telle fracture. Comment l'institution policière permet-elle l'existence de tels comportements dans ses rangs ? Quelles solutions pouvons-nous envisager pour réconcilier la police avec ceux qui n'ont plus confiance en elle ?


Les déviances de la police
Entre soirée negro dans le Val-de-Marne et propos racistes sur internet, nous ne pouvons que constater que le racisme est trop présent dans la police. Ceci nous laisse penser que le concours de gardien de la paix ne s'assure nullement de la capacité des candidats à assumer leur devoir de neutralité et de réserve, tel qu'il est exigé par le code de déontologie.

Au-delà du racisme, le fait que le policier incriminé à Aulnay était réputé pour sa violence, sans que jamais sa hiérarchie ne se soit vue rapporter le tempérament sadique de son officier, interroge sur l'intérêt que porte la police nationale au profil psychologique de ses représentants.

Outre l'absence de suivi des policiers c'est même à une négation des accusations que nous avons à faire. Sihem Souid, par exemple, dénonçait de l'intérieur de la police un certain nombre de dérives dont la dissimulation de son propre viol.

Ce même sentiment d'impunité est ravivé quand la police, qui manifestait illégalement pour ses conditions de travail, rappelle à des lycéens ce qu'est une manifestation illégale alors qu'aucun policier n'a été poursuivi en brisant ces mêmes règles.

Changer la police pour rétablir la paix
Si les dérives de certains services de la police ne peuvent être généralisées à l'ensemble des forces de l'ordre, il reste néanmoins nécessaire de trouver des réponses aux comportements violents qui la composent.

Supprimer l'IGPN au profit du parquet civil
La première proposition serait de limiter la capacité de la police à nier un crime. Aujourd'hui, les crimes commis par la police sont soumis à l'enquête assurément neutre d'autres policiers. Comme le rappelle l'avocat Jérôme Karsenti, "Ça reste des policiers qui enquêtent sur des policiers. Ils font souvent preuve de complaisance, et enquêtent surtout à décharge". Ne serait-il pas plus impartial de confier l'enquête aux seuls tribunaux civils ? 

Équiper les policiers de caméras
La charge de prouver la bavure policière en serait simplifiée car le policier porterait cette preuve sur lui. De plus, un tel dispositif pourrait limiter la tentation de passer à l'acte des policiers, bien que l'affaire Théo, qui s'est déroulée sous caméra, puisse en faire douter. Dans tous les cas, comme le souligne le collectif "urgence notre police assassine", une vidéosurveillance personnelle des policiers ne saurait être efficace si le policier peut choisir quand la caméra est en fonction.

Développer la police de proximité
Enfin, la fracture entre police et populations semble aussi provenir du manque d'accessibilité de policiers qui, dans les zones sensibles, sont surarmés. La proposition serait alors de confier à des policiers de petites zones de surveillance où ils auraient le devoir de sympathiser avec la population. Le rôle de la police ne serait plus punitif mais préventif en détectant les comportements déviants au plus tôt.

En finir avec la politique du chiffre
Dans cette même logique de prévention des délits, mettre un terme à la politique du chiffre limiterait les incitations des policiers à discriminer dans le seul but de trouver des criminels pour remplir les quotas demandés. Ce changement de logique contribuerait par ailleurs à éviter l'effet de halo dont sont victimes certains quartiers dits sensibles. En effet, la réputation criminelle de ces quartiers incite la police à y réaliser son quota de crimes condamnés, ce qui augmente la réputation criminelle de ces quartiers, etc. 


Conclusion
Face à la fracture entre la police et une part de la population, il devient nécessaire de proposer des solutions pour éviter les bavures policières et la mauvaise image de la police qui en résulte. 

Accuser indirectement les policiers en renforçant leur contrôle peut être dangereux tout comme les solutions de proximité peuvent être dangereuses pour les policiers dans certaines zones. Dans tous les cas, une évolution de notre conception des forces de l'ordre est nécessaire au risque de voir le rapport du défenseur des droits empirer d'année en année.

lundi 20 février 2017

Danse avec les robots


Lorsqu'un humain se retrouve au chômage, celui-ci dépend d'aides sociales qu'il ne contribue plus à financer, faute d'une activité économique suffisante de l'entreprise qui l'embauchait. Cependant, dans le cas du remplacement d'un humain par un robot, l'activité économique demeure la même, sans contribuer aux aides sociales et en augmentant le coût de ces dernières. 

Ainsi, pour pérenniser notre modèle social d'assistance envers ceux qui ne peuvent plus avoir accès à l'emploi, il semble nécessaire que leur remplaçant mécanique contribue au financement des aides, c'est l'idée d'une "taxe robot".


Dessine-moi un robot
Pour Mady Delvaux, députée européenne ayant étudié la robotisation de l'industrie, un robot "c’est d’abord un support physique, donc on élimine tout ce qui n’est qu’algorithme. Il a des senseurs et est interconnecté, n’a pas d’éléments biologiques, et il peut apprendre par lui-même. Il y a toute cette ambiguïté entre la digitalisation, l’intelligence artificielle et la robotique".

Mais dans notre société, c'est l'ensemble des processus automatisés qui remplacent l'emploi d'un humain. Aussi, à défaut d'envisager une "taxe robot", c'est d'une "taxe automatisation" dont nous devrions parler, car l'automatisation regroupe les robots et les logiciels qui effectuent les tâches précédemment dédiées aux humains. C'est donc bien la totalité des processus automatisés qui devrait se situer derrière le mot "robot".

Ce que gagne un robot
Si le robot peut bien être considéré comme un travailleur, il est impossible de définir ce qui est pour lui "le paiement du travail convenu", le salaire. Les robots sont en effet particulièrement peu exigeants lors de leurs négociations avec leur employeur. 

Côté employeur cependant, l'achat d'un robot représente un investissement financier important et nécessite, comme pour un salarié, un amortissement de la dépense engendrée pour garantir la survie à long terme de l'entreprise.

Dans l'exemple de l'entreprise japonaise Glory, le robot représente un investissement de 60'000 euros, amortissable, en France, en un an grâce aux 57'000 euros d'économie en salaire au SMIC des trois salariés remplacés. Si l'on suppose que ce travailleur infatigable atteindra l'âge moyen du parc des robots industriels français, 17 ans, notre robot permettra alors d'économiser 16 ans de salaires, soit quelque 912'000 euros. Il est alors tout à fait envisageable de taxer ce profit sans mettre en cause le potentiel d'investissement dans l'innovation, engendré par ces économies.


Le montant de la taxe
Pour notre robot japonais, nous pouvons nous appuyer sur plusieurs indicateurs pour estimer les taxes qui lui seront imposées. Si nous considérons le robot comme un travailleur, c'est un salaire complet qu'il devrait percevoir et qui serait mis à disposition de la société. Cependant, amortir le robot nécessiterait 20 ans. Si nous considérons le coût pour les aides sociales des emplois perdus : seuls 800 euros sont à prélever par mois et par employé remplacé, soit 28'800 euros par an. Le robot est amorti dans sa troisième année ce qui est bien plus convenable.

Cependant, il n'est pas toujours simple de définir combien d'humains sont remplacés par un robot, notamment quand le remplacement a eu lieu il y a des décennies. Il est encore moins facile de dire combien d'employés remplace un logiciel de gestion du stock d'une entreprise.

Taxer les robots sur la base du chiffre d'affaires ou du bénéfice réalisé par une entreprise est aussi problématique. Les astuces fiscales utilisées par les entreprises enlèveraient une grande partie de la contribution censée être générée par la taxe. Une autre proposition de taxe des robots serait alors basée sur la valeur ajoutée au produit fabriqué par le robot.

Les cotisations sociales, une taxe sur la valeur ajoutée
Comme le rappellent Henri Sterdyniak et Pierre Villa, les cotisations sociales influent sur les prix des produits finis de la même manière que la TVA. Il est alors possible de transférer la récupération des cotisations dans la TVA. Attention cependant aux abus du langage courant, augmenter la TVA ne rime pas avec une diminution du pouvoir d'achat des ménages dans le cas de ce transfert, le poids des cotisations sociales, part intégrante du prix de vente, disparaissant d'autant.

L'avantage de cette idée de réforme fiscale est qu'elle taxera toute contribution à l'économie au même titre. Qu'un humain ou un robot soit à l'oeuvre, la valeur récupérée par l'État sera identique. Il reste cependant un petit bémol, s'assurer que la distinction de la part sociale de la TVA soit bien appliquée au risque d'oublier, un jour, le rôle de cette taxe.


Conclusion
Il me semble que taxer les robots, en tant que machine, c'est oublier tous les procédés automatisés employés par les entreprises et qui contribuent à l'économie. S'il s'agit de faire contribuer ces acteurs non-humains au financement des aides sociales, il devient alors difficile de définir la base sur laquelle taxer ces machines. Une proposition serait le transfert des cotisations sociales dans la TVA. Ainsi toute valeur ajoutée par le travail contribuerait en proportions identiques aux aides sociales, indépendamment de la nature du travailleur, robot ou humain.


EDIT 2 mars 2017 : la socialisation des profits proposée par media24

lundi 13 février 2017

Le travail en perte d'emplois

C'est une question de fond de la campagne présidentielle qui commence, comment offrir un emploi à chacun ? Que les propositions soient de mieux former les chômeurs, de taxer les machines ou d'encourager à recruter un Français plutôt qu'un étranger, la première question à se poser est de savoir si nous pouvons garantir aujourd'hui, et sur le long terme, qu'il y aura assez d'emplois pour tout le monde.


Disparition du travail
La plupart des recherches menées sur la question de l'avenir de l'emploi sont assez pessimistes, une bonne partie des métiers sont voués à être remplacés par un robot et/ou un logiciel. 47% des métiers actuels disparaîtraient ainsi d'ici 10 à 20 ans d'après une étude d'Oxford. le scénario est simple et la part en situation précaire de la population semble vouée à augmenter.

Cependant, il ne faut pas oublier de prendre en compte les opportunités de création de nouveaux emplois et métiers grâce aux nouvelles technologies. Le Conseil d'Orientation pour l'Emploi(COE) estime que seulement 10% des emplois français sont menacés d'ici 2022 en y ajoutant les possibles nouveaux métiers. Le COE envisage même une augmentation globale du nombre d'emplois... qualifiés, et donc indisponibles aux principales victimes de l'informatisation.

Certes il est tout à fait possible à un individu de se former à un nouveau métier. Mais selon les compétences de départ de chacun, deux ans de droits au chômage ne suffiront peut-être pas à transformer un agent d'entretien en cadre à même d'effectuer les tâches "qui impliquent de résoudre des problèmes, de faire preuve de créativité ou de leadership"

La création d'emplois et la population active
Si l'on fait abstraction des catégories d'emploi touchées et de l'évolution des qualifications requises pour un emploi, qu'en est-il du nombre brut d'emplois disponibles et nécessaires en France pour que chacun ait un travail ?

D'après le ministère du travail, la création d'emplois en France était de 41 milliers en 2014. Comparés aux 1,228 millions de chômeurs de longue durée (plus d'un an) comptés en 2015, il faudra attendre encore 30 ans avant de fournir un travail à chaque Français qui en recherche, si la création d'emplois reste stable.

Côté renouvellement de la population, l'INSEE définit la population active comme étant l'ensemble des 15-64 ans. Si l'on observe la pyramide des âges, le nombre de jeunes qui entreront sur le marché du travail chaque année pendant les 14 prochaines années est en moyenne de 819'486 contre le départ de 859'397 anciens. Ce sont donc 40'000 emplois disponibles chaque année qui ne seront pas pourvus par l'arrivée de nouveaux salariés. Nous voilà rassurés, il ne nous faut plus que 16 ans pour fournir un emploi à chacun.


En conclusion
Sans avoir pris en compte le solde migratoire, les morts prématurées et autres crises économiques, l'idée d'un emploi pour chacun en France n'est pas pensable avant que les répercussions de l'informatisation ne se produisent. 10% d'emplois menacés d'ici 2022, 47% des métiers menacés d'ici 2024-2034 face à un "plein emploi" biaisé que nous avons calculé ici en 2031.

Qu'elle politique envisager pour limiter la précarité de la population qui n'a pas la chance d'avoir un travail ?
Une régulation des naissances pour ajuster natalité et demande de travailleurs ? 
Une diminution du temps de travail pour répartir l'emploi disponible sur le nombre de travailleurs ?
Planifier la formation des jeunes en fonction des emplois qui seront demandés à leur sortie d'études pour éviter les erreurs de parcours et les besoins d'être formés une seconde fois ?
Distinguer le travail de l'aptitude à avoir l'argent pour vivre via un revenu universel ?
Accuser le chômeur de l'outrage qu'il commet en ne trouvant pas un emploi qui n'existera que dans 15 ans au mieux ?








mardi 7 février 2017

Soyons francs avec l'euro

Marine Le Pen continue de proposer le retour au franc et ses adversaires politiques de crier au scandale. Ce qui m'étonne alors est la certitude immodérée que le retour au franc est une folie. Il est rare qu'une question économique ait une réponse parfaitement manichéenne alors quels seraient les changements d'un retour au franc ? 


Une monnaie compétitive
Le premier argument s'opposant au retour au franc est la perte de force de l'économie française sur le marché international. Problème, l'économie française doit en partie son manque de compétitivité à l'euro.
En effet, le maintient de la force de l'euro par rapport au dollar a rendu les produits européens plus chers pour les acheteurs hors de la zone euro, pendant que des pays européens avec moins de charges sociales vendent moins cher à l'intérieur de l'Europe. Au final, la France manque par deux fois de compétitivité.

De plus, dévaluer l'euro est difficile à envisager quand il faut l'accord de tous les pays européens alors que les intérêts divergent sur le sujet. Ainsi l'Allemagne grande exportatrice malgré la force de l'euro préfère conserver l'avantage d'importations à moindre coûts à la différence de la France et de sa balance commerciale négative

Obligation de retour commercial
Utiliser une monnaie nationale pour commercer à l'étranger offre la garantie de voir cette monnaie revenir. En effet, les francs échangés à l'étranger n'ont de valeur qu'aux yeux des français et de leurs partenaires commerciaux. Acheter à l'étranger en francs forcerait le retour de cette monnaie en exportation et contribuerait à équilibrer notre balance commerciale.

Le problème de l'équilibre commercial
Cependant, parvenir à équilibrer la balance commercial à l'aide d'une monnaie nationale nécessite un prérequis : la somme de nos besoins en importations de matière premières ne doit pas excéder notre capacité à exporter, au risque de ne plus parvenir à importer les denrées indisponibles sur le territoire français. Je n'ai pas trouvé d'études sur le sujet me permettant de dire où nous en serions concernant la réponse à ce problème.

Le problème de la dette
A l'opposé de l'avantage de compétitivité que nous rendrait le retour au franc, il serait plus difficile pour le pays d'emprunter à des créanciers étrangers qui auraient peu d'intérêt à prêter en francs. Comme le rappelle Les Echos, le rassemblement des dettes nationales au niveau de la zone euro augmente les garanties de remboursement des créanciers et réduisent les taux d'intérêts en vigueur.

Quitter l'euro supposerait donc de résoudre, en amont, le problème du déficit structurel pour ne pas prendre le risque de subir la spirale infernale de dettes dans laquelle la Grèce plonge.


En conclusion
Pour la force économique nationale, le retour au franc me semble donc être une bonne idée bien qu'inapplicable dans l'immédiat. Il faudrait en effet s'assurer dans un premier temps de la capacité de la France à pouvoir faire face dans la compétition économique mondiale avant d'envisager une sortie de l'euro.

vendredi 3 février 2017

Les emplois fictifs, un vrai Fillon

La "PénélopeGate" est lancée depuis quelques jours maintenant et je constate, quelle que soit la conclusion de l'affaire, que les questions essentielles me semblent avoir été oubliées. Petit résumé de l'affaire par RTL


Pour quel travail ?
Mme Fillon est suspectée d'avoir bénéficié d'un emploi fictif d'assistante parlementaire de son mari François Fillon. Premier hic dans cette accusation, les tâches d'un assistant parlementaire c'est quoi au juste ? Hé bien, d'après l'assemblée nationale, c'est tout ce que le parlementaire veut. Du coup difficile de parler d'emploi fictif quand "la plupart des collaborateurs se voient confier des tâches d’assistance et de secrétariat comme la tenue de l’agenda, la prise de rendez-vous, la permanence téléphonique".

Mme Fillon pouvait ainsi, sans quitter son domicile, réaliser un travail complet d'assistante parlementaire. De plus, sans limitations dans les tâches d'un assistant, être femme au foyer peut être perçu comme suffisant car, après tout, ne pas avoir à s'occuper de ses problèmes personnels libère autant de temps à accorder au travail de député.

Mais gérer la vie privée d'un député est-il une tâche digne d'un assistant parlementaire ?  "La création de la fonction d’assistant parlementaire [...] répondant aux souhaits des députés de disposer [...] des moyens humains et matériels leur permettant de faire face aux diverses charges de leur mandat" il semblerait donc que oui, puisque davantage de temps pour être député est aussi davantage de temps pour "faire face aux diverses charges de [son] mandat".

Reste l'aspect éthique de l'emploi de Mme Fillon. Sur ce point et sauf erreur, en France nous ne considérons pas les activités ménagères comme du travail. Entretenir un logement, élever des enfants, gérer ses comptes ne sont pas perçus comme du travail. Considération paradoxale cependant car cela signifierait qu'un agent d'entretien, un employé de crèche ou un gestionnaire de compte.... ne travaille pas !

À mon sens, la vraie question de la polémique est plutôt celle de ce qu'est le travail.
La définition de Larousse illustre le problème, le travail est finalement toute forme d'activité. Considérer que telle activité mérite ou non un salaire dépend surtout de la capacité qu'a une personne à vous payer pour cette activité.

Avec quelle qualification ?
Histoire d'en rajouter à l'affaire Fillon, Marianne relève que François Fillon aurait aussi fait profiter ses enfants, les ayant payés pour des missions de droit alors qu'ils n'étaient pas avocats.

Seulement la question se pose : faut-il avoir un diplôme pour être compétent ? Les enfants Fillon étaient en étude de droit lorsque leur père les a missionnés, cela ne signifie pas pour autant que, faute de diplôme, ils n'étaient pas en mesure de fournir le conseil juridique dont le député avait besoin ? 

Mon problème se pose alors, je n'ai aucun diplôme de citoyenneté, suis-je donc parfaitement incapable d'être citoyen et de voter ? J'ai pourtant reçu, comme tout à chacun des cours d'éducation civique et je cherche, qui plus est, à m'informer de la situation économique et géopolitique de la France. Mais sans diplôme pas de compétences...

Certes je ne sous-entends pas qu'un diplôme n'a aucune valeur et je ne me prétends pas politologue sur le simple fait que ces sujets m'intéressent et que j'en lis quelques articles. Mais il existe à mon sens une distinction entre compétence et expertise. On peut ainsi avoir des compétences dans un domaine sans pour autant en être un expert, une distinction semble-t-il aussi absente du débat public que la définition de ce qu'est un emploi.



Remarque : Vous venez de lire mon tout premier article et il est très certainement perfectible. N'hésitez donc pas à m'envoyer tous vos conseils de rédaction, mise en forme, contenu pour m'aider à m'améliorer.

jeudi 2 février 2017

En marche !

C'est décidé ! je blogue !

Vous l'aurez compris, l'heure est à ma présentation et à celle de ce blog.

Sociopaul est en quelque sorte le blog de Paul Hitique et Socie Hété, deux sujets qui me passionnent et sur lesquels j'aimerais apporter mes éléments de réflexions. Ainsi autant vous prévenir, vous trouverez ici des articles susceptibles d'être parfaitement subjectifs mais publiés avec l'espoir d'engendrer un débat d'idée sain avec vous.

Plus personnellement votre serviteur vit dans un monde bien éloigné des questions de politique et de société. Je suis développeur de logiciel, description physique : Geek ! dans toute la splendeur du cliché. Si cela ne fait pas de moi un spécialiste des questions que vous me verrez aborder ici, je n'en ai de toute manière pas la prétention.

Mais je vous ai retenu trop longtemps alors à bientôt☺